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Cie In Situ • Dag Jeanneret

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON

Il y a eu à l’orée des années 2000, au Conservatoire qu’on n’appelait pas encore l’ENSAD, à l’initiative de son directeur historique Ariel Garcia-Valdès, un premier travail sur la pièce mené par Cyril Amiot et Babacar M’baye Fall, alors étudiants. Puis au sortir de l’école, la continuation de ce travail qui amena les comédiens à solliciter Sébastien Lagord pour qu’il en fasse la mise en scène. Ce fut fait, un peu plus tard et avec succès. Le spectacle n’exista pas assez mais fut remarqué.

Une quinzaine d’années après, Babacar et Cyril, tenaillés par la pièce et qui entretemps ont ce qu’on pourrait peut-être appeler l’âge des rôles, ont souhaité remettre la pièce et ses mystères sur l’établi et ont demandé à Dag Jeanneret de les accompagner et de les mettre en scène. Une première session de travail a eu lieu à l’ENSAD en août 2020. Qui a permis d’entrevoir des possibles et de décider que cette aventure aurait lieu.

Raconter cette œuvre avec presque rien de plus que les mots de Koltès. Avec le moins d’effets esthétiques possibles. Le corps des acteurs dans l’espace, la langue de l’auteur, le combat des mots et des idées, pas plus.

 

Cie Yupiks • Jessie Chapuis

JE ME DEMANDE SI LA TERRE EST VENUE À LA VIE

« Je me demande si la terre a quelque chose à dire.
Je me demande si le sol écoute ce qui se dit,
je me demande si la terre est venue à la vie et ce qu’il y a dessous.

J’entends pourtant ce que dit la terre ».
Young Chief des Cayuses

Dans ce travail de recherches, il s’agit pour moi de recomposer, d’interpréter, de traduire la part manquante – révéler le sensible grâce à la fusion des poésies intérieures des acteurs et de mon imaginaire, écrire à partir et pour les actrices et acteurs.

 

Plateau Neuf • Marion Notte & Claire Eloy

JE NE VOUS DIRAI RIEN

D’après L’Actrice Empruntée (L’Arche – 2003) de Fabrice Melquiot et Interprétation des rêves (Les Solitaires Intempestifs – 2007) de Ewald Palmetshofer.

Emprisonnée, une actrice s’invente un public, à qui elle va avouer son meurtre…

Notes d’intention de la création
Le point de départ de cette création est d’explorer cette bascule du langage verbal vers le langage corporel. La façon dont un corps peut prendre le relai des mots pour s’exprimer. Car comme le nomme si bien Eric Lacascade : “Ce dont on ne peut plus parler, il faut le danser”.

En partant de cet axe de travail, nos lectures se sont rapidement arrêtées sur deux monologues dont nous prenons ici, la liberté de notre propre montage traduisant donc une nouvelle narration : L’Actrice Empruntée (L’Arche – 2003) de Fabrice Melquiot et Interprétation des rêves (Les Solitaires Intempestifs – 2007) de Ewald Palmetshofer.

Dès le début de Je ne vous dirai rien, nous découvrons le personnage principal, une actrice, dans un espace clos, en l’occurrence une prison.
Foulard en main, cet objet va être le déclencheur de son souvenir du meurtre qu’elle a commis. C’est à ce moment précis qu’un nouvel espace naît, celui du plateau de théâtre. De sa propre volonté, elle s’invente à la fois cet espace et un public à qui elle va avouer les détails de son meurtre.
Ce nouveau lieu n’est pas anodin, puisque son meurtre a eu lieu sur scène et n’oublions pas également qu’il s’agit d’une actrice.

Bien qu’elle soit comédienne, elle ne parvient pas à trouver les mots, à improviser, et se dévoile peu à peu à travers l’évocation de son métier pour « meubler le silence ». Elle tente d’une manière sinueuse, de rentrer dans le vif du sujet, celui de son crime, pour lequel elle a convoqué ce public, puisqu’il est là et l’écoute.
Par les mots puis par le corps dansé, nous saisissons donc les détails de son acte criminel : Il était tard, il était plus de minuit. Elle répétait une scène de meurtre avec son partenaire de jeu. Ils répétaient encore et encore. La metteure en scène lui a dit à maintes reprises : « Je t’emprunte juste un moment, tu t’allonges, tu fais comme si, et les gens t’écoutent, tu dis ce que tu veux ». Après de multiples essais, harassée et possédée par son rôle, elle finit par étrangler son partenaire de jeu.

Par une scénographie pensée comme un espace lumineux, le personnage passera de la prison à l’espace de l’aveu du crime : celui du théâtre. La colorimétrie travaillera sur l’environnement cloisonné et cru de la cellule de prison, à un espace plus émotionnel.
Le temps présent du récit, soit la prison, sera traduit par une lumière de néons, alors que le temps du souvenir, qui est celui de l’aveu du crime, sera constitué d’ampoules de couleurs chaudes. Ces ampoules apparaîtront, extraites des murs de la prison, comme une image déformée du réel, projetée dans le souvenir.

Un travail sonore accentuera le moment du souvenir. D’autre part, grâce au micro installé sur l’interprète, les sons des souffles, des caresses, des pas, des chuchotements, seront ainsi captés. Ce choix permet aussi de rentrer dans une parole intime. Plus le récit se rapprochera du meurtre, plus l’espace sonore sera présent.
Les passages entre les différentes temporalités seront traduits par un travail de son, de lumière et d’intention de jeu et de corps, dans une proposition d’espace fixe.

 

Cie Corps Itinérants • Clara Villalba

FERUSA

C’est une vague, un marécage envoûtant qui vient nous bercer, nous conter les peurs, les craintes et les désirs. Trois compagnons de voyage : une danseuse, un comédien et un musicien vont traverser par le corps et la voix le chemin vers l’espoir. Celui de renaître. Celui de vivre ensemble. Pour seuls témoins, des suspensions lumineuses et une baignoire guideront le pas dans ce clair-obscur à la temporalité bouleversée.

FERUSA est une odyssée humaine qui amène une curiosité fondamentale : comment dans l’immensité du monde peut s’exprimer l’amour solidaire ?

 

Collectif V.1 • Tous nos ciels

TOUS NOS CIELS

De 1962 à 1984, plus de 2000 enfants réunionnais abandonnés ou non ont été arrachés à leur île par les autorités françaises et exilés dans des départements victimes de l’exode rural comme la Creuse, le Tarn, le Gers, la Lozère, les Pyrénées-Orientales, l’Hérault. Aussi appelé « l’affaire des Enfants dits de la Creuse », cet épisode de l’histoire française aura marqué une génération d’enfants coupés de leur famille d’origine, de leur culture, se retrouvant dès lors déracinés. Évoluant à travers une forme intimiste, trois comédiennes interrogent la destinée de Valérie Andanson, alors âgée de trois ans lorsqu’en 1966, elle est transférée avec ses cinq frères et sœurs de la Réunion à la Creuse. Entre fiction et réalité, son parcours intime constituera le fil rouge de la pièce, comme un écho à la voix des autres enfants exilés mais aussi à notre propre histoire.
Comment (re)construire son identité quand on a dû oublier ou renier jusqu’à ses origines ?
Quel héritage transmet-on quand on se sent soi-même déraciné ?
Malgré l’exil vers d’autres ciels, que reste-t-il en nous de notre point de départ ?

Le dispositif se veut proche du public, permettant d’évoluer et de s’adapter au sein d’espaces dédiés comme non dédiés ou en extérieurs protégés. Des extraits d’une interview sonore seront diffusés au cours du spectacle, permettant de livrer le témoignage authentique de Valérie Andanson, tout en questionnant la manière dont son parcours individuel fait écho à l’affaire d’État. Par une adresse directe, mêlant narration des faits, incarnation de situations et interrogations personnelles, les comédiennes invitent également à une réflexion partagée sur la manière dont cette affaire questionne notre rapport à nos origines dans la société d’aujourd’hui. Choisir une forme intimiste, c’est une manière d’inviter les spectateurs à une écoute active, une volonté de partager des moments qui permettent, aussi, d’aborder ce sujet avec le sourire.

Extrait
C’est ainsi que très vite, j’ai appris où se trouvait ma place. Loin de la Réunion et loin de ma famille qui s’effaçaient peu à peu de ma mémoire, jusqu’à disparaître complètement. Pourtant, quand j’écoute une musique, j’ai parfois l’impression de retrouver un air que fredonnait ma mère, ou mon père peut-être.

Coproductions
Théâtre de Nîmes, scène conventionnée d’intérêt national – danse contemporaine – art et création, Le Tracteur – Espace de champs culturels et atelier de fabrique artistique en Haute-Garonne, La FEDD – Fédération des enfants déracinés des DROM , le Collectif En Jeux.
Ce spectacle reçoit le soutien d’Occitanie en scène dans le cadre de son accompagnement au Collectif En Jeux.

Soutiens
Département de l’Hérault, La Bulle Bleue, Le Hangar Théâtre, La Cave’ Po, Cie la Grande Mêlée, Le Grand Rond, Kérenez.
En cours de discussion : Ministère des Outre-mer, Domaine d’Ô 3M

Cie Ardiente • Victoria

VICTORIA

VICTORIA retrace le parcours d’un groupe d’étudiants lors des premières manifestations universitaires qui ont eu lieu avec l’arrivée des régimes totalitaires, dans une Amérique latine en pleine implosion politique et sociale. Ils ont entre 23 et 25 ans et devront affronter la perte de leurs rêves, de leur identité et de leurs proches.

À travers ces destins individuels, la pièce interroge également certains phénomènes de violence et d’injustice sociaux-économiques qui mènent à la montée d’une répression d’État, au sein même de nos systèmes démocratiques actuels.

Ce récit est l’histoire d’une victoire clandestine. Les disparus renaissent ici à la mémoire d’un rêve dont le cœur bat encore aujourd’hui.

La compagnie Ardiente met en lumière l’escalade de la violence orchestrée méthodologiquement au cours des différentes dictatures militaires dans le cône sud de l’Amérique latine dans les années 70 et 80. La pièce intègre des témoignages de Victoria Baglietto, du collectif argentin NIETES, mais aussi de proches et de parents d’Anahi Guevara qui ont accepté de lui livrer leur histoire.

Cie Corps Itinérants • Clara Villalba

FERUSA

C’est une vague, un marécage envoûtant qui vient nous bercer, nous conter les peurs, les craintes et les désirs. Trois compagnons de voyage : une danseuse, un comédien et un musicien vont traverser par le corps et la voix le chemin vers l’espoir. Celui de renaître. Celui de vivre ensemble. Pour seuls témoins, des suspensions lumineuses et une baignoire guideront le pas dans ce clair-obscur à la temporalité bouleversée.

FERUSA est une odyssée humaine qui amène une curiosité fondamentale : comment dans l’immensité du monde peut s’exprimer l’amour solidaire ?

 

Ek-Stasis Prod

UN MATIN, S’ÉTIRER JUSQU’AUX BOUTS DU MONDE

Du 14 au 19 février 2022
• Résidence de recherche •

Un matin, s’étirer jusqu’aux bouts du monde dit, chuchote, murmure, danse, trébuche le besoin impérieux de trouver du sens à nos actes pour survivre aux événements mortifères, aux actualités dramatiques qui impactent notre élan vital.

Le récit ne raisonne pas les évènements, les drames ; il questionne notre intime, droit dans les yeux. Quels choix, quelles déconstructions d’acquis, quelles migrations internes à mettre en œuvre pour saisir la vie, tenter de… toujours ?

Une auteure-performeuse et un compositeur-improvisateur nous immergent dans un Monodrame pour une voix et live electronics aux accents férocement pluriels. La singularité de leurs deux présences (sauvages, intuitives, inventives, nues, libres), leur langue, leur corps, leur voix, leur musique, leurs spectres sonores, leur accouplement furieux autant qu’étrange accouche une matière neuve, charnue, fluide où la pluralité des je respire éperdument. Tous deux cheminent, attentifs gourmands aux surgissements de l’invisible qui naît de la friction de leurs mondes, dans la jubilation de leurs accordages. Ils frottent leurs univers, développent (sueur à l’appui) une écriture basée sur l’organicité des matières sonores au contact (texte, voix et ses ambitus, musique improvisée, traitements sonores…). Ils brassent de concert la matière inconnue d’une langue nouvelle, une langue hybride qui ne cesse de se déployer, de se muscler au fur et à mesure qu’ils l’incorporent et l’apprennent. Une langue polyphonique, polymorphe qui nous garde vivants.

Extrait
 » Ça y est, je sais, je sais ce qui s’est passé en moi avec Charlie. Ces enculés ont génocidé le bol d’air et d’eau de mon enfance, c’est ça – 7 janvier 2015, 10 rue Nicolas-Appert (Paris, 11ème), Charlie Hebdo. Salle de rédaction. 11 blessés, 12 morts – qui m’a rendu dingue. Il a fallu que je fasse le Mont Blanc pour me calmer, c’est pour ça que j’ai quitté Paris. Qu’est-ce qu’on fait ? Je t’ai dit ça de Paris, toi t’étais à Berlin. Je t’ai dit en pleurant j’ai besoin de faire quelque chose de grand, tu m’as dit t’as toujours rêvé de faire le Mont Blanc, on va faire le Mont Blanc. Et on s’y est collé. « 

Distribution
Texte : Catherine Phet, Anne Lefèvre
Performance : Anne Lefèvre, François Donato
Musique Live Electronics : François Donato
Assistanat : Catherine Phet
Lumière : François Donato
Durée : 1h

 

Brisby • Julie Papin

BRISBY (blasphème !)

Brisby ( blasphème !) est un seul en scène interprété par Julie Papin et co-mis en scène avec Lucas Chemel. Il est écrit par Théophile Dubus – lauréat de l’aide à la création ARTCENA pour son texte Variation (copies !).
C’est un texte virtuose, vingt personnages pour une actrice, un texte plein d’humour et de cruauté.

C’est une histoire qui raconte cette lutte contre le sentiment de solitude, cette nécessité de se créer des fictions quand tout semble perdu… Tout cela se passe dans un monde lointain, rongé par une épidémie. La Reine de ce monde, Pénéplaine, n’est pas seule. Elle est enceinte. Très enceinte. Tellement enceinte qu’elle risque d’accoucher à tout moment. Un bébé qui, selon elle (et les Textes !), va sauver son monde.

Et dans l’attente de cette arrivée, viendront lui rendre visite, personnages extravagants, animaux divers, Ding Dong, présence fantomatique, Cui Cui… ne lui laissant pas une minute de répit. Pénéplaine va être prise dans un tourbillon, peut-être le tourbillon de sa propre fiction. Elle va désespérément essayer de tenir bon, de ne pas craquer, de survivre, et d’enfanter.

Seulement, Brisby (le bébé en question) sera-t-il vraiment la réponse qu’elle attend ?

 

Plateau Neuf • Marion Notte & Claire Eloy

JE NE VOUS DIRAI RIEN

Cette création est un montage de deux monologues : L’Actrice Empruntée (2003) de Fabrice Melquiot et Interprétation des rêves (2007) d’Ewald Palmetshofer. L’Actrice Empruntée est utilisé dans notre narration pour évoquer l’après meurtre, tandis que Interprétation des rêves introduit le moment du meurtre.

Poursuivant notre travail sur la rencontre entre les mots et les gestes, le texte L’Actrice Empruntée nous a tout de suite inspiré puisque le récit met en scène une femme contrainte à parler par la présence du public. Arrêtée dans son mouvement, elle est conviée de manière impromptue à venir parler au public, alors qu’elle venait récupérer un objet au théâtre. Bien qu’elle soit actrice, elle ne parvient pas à improviser, à trouver les mots et se dévoile peu à peu à travers l’évocation de son métier.

Dans ce texte bref, le corps est convoqué par quelques didascalies (elle regarde autour d’elle comme pour chercher une sortie, elle sourit, regarde ses mains etc.). Ce condensé des émotions met en valeur le regard, qui cherche à fuir le face-à-face. Le contact avec le public qui se fait voyeur est en même temps complice de cette intimité. Une tension vers autrui se construit.

À partir de ce monologue de Fabrice Melquiot, nous avons pris la liberté de créer une nouvelle narration afin de développer cette contrainte à parler, cette recherche de mots, ainsi qu’une nouvelle adresse.

Dans Je ne vous dirai rien, l’actrice qui est le personnage principal, se retrouve en prison. Dans l’attente d’un rendez-vous au parloir, la douleur de ses mains la ramène à son crime. À travers une analepse, le spectateur assiste à l’aveu du meurtre. C’est à ce moment précis que le corps prend toute sa place.

Anéantie d’avoir cédé aux avances de son metteur en scène dans les loges du théâtre, elle l’étrangle avec son foulard. Prise au piège par l’arrivée du veilleur de nuit, elle essaie de trouver les mots pour justifier sa présence et finit par lui avouer son meurtre. Ce dernier devient donc un témoin potentiel. L’actrice, ne trouvant pas les mots pour justifier sa présence en ce lieu, va finir par se taire pour laisser place au corps dansé qui représente l’aveu. Sur scène, l’adresse n’est plus au public, mais à ce témoin. Car comme le nomme si bien Eric Lacascade : “Ce dont on ne peut plus parler, il faut le danser”.

Dans toutes nos créations, nous laissons une grande part à l’imaginaire. Nous faisons le choix de ne pas nommer la victime, ni le témoin potentiel. Nous mettons l’accent sur le langage et sur la manière dont un corps peut prendre le relai des mots pour s’exprimer.