Je n’avais jamais vu la Sagrada Familia en vrai. Une nuit j’en ai rêvé. Elle m’apparaissait grandiose, baignant dans une lumière irréelle de lever de soleil tandis qu’il faisait nuit sur la montagne où je me tenais.
Sous l’impulsion d’un travail de carte blanche à l’ENSAD de Montpellier initié par Fanny Barthod et Stan Dentz, ce rêve est devenu l’origine du texte.
Un homme amnésique se réveille dans un lieu qu’il ne connaît pas, en présence d’un autre homme qu’il baptise Frank. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Que ou qui cherchent-ils ? Quel est leur lien ? Frank essaie de guider l’amnésique vers une reconstitution logique de son passé, mais le fait-il pour lui-même ou pour son interlocuteur ? Une troisième personne est là, comme une projection mentale des deux autres, elle s’appelle Éloïse, elle aurait disparue dans un accident de voiture. Dans ce trio, qui manipule qui et dans quel but ? En tout cas la Sagrada Familia revient constamment dans leurs échanges. Elle semble flotter en eux comme un lieu à atteindre, un rêve qui vacille, comme la solution à leur errance, ou bien la cause de leur perdition.
Cette deuxième session de travail sera l’occasion de poursuivre la mise en espace des comédien-n-es légèrement amorcée en novembre et de faire des tentatives en lumière et son. Tout au long de la pièce, des musiques de ma composition rejoindront les comédien-n-es pour accompagner le texte et colorer le paysage psychique des personnages. Il ne s’agira pas de chanter, mais les acteurs et l’actrice devront suivre encore cette piste : leur façon d’interagir, de faire sonner le texte, doit évoquer quelque chose de musical. Les musiques ne seront là que pour renforcer l’harmonie supposée du trio.