6h plus tard
6h plus tard est une pièce de théâtre représentée de manières différentes dans les institutions qui l’accueillent. Elle est une performance, c’est-à-dire une forme qui ne se reproduit pas, qui prend forme en fonction des lieux dans lesquels elle se joue. Lecture jouée, avec ou sans lumière, avec ou sans scénographie, avec ou sans images filmées. Elle peut se partager avec des publics dans des configurations singulières, salle de théâtre ou pas. La matière première est le chant du texte incarné, son écriture scénique est en perpétuelle évolution. C’est du théâtre.
Soient une femme, un homme. Probablement un couple – même si pour eux l’amour n’est plus un enjeu. Ils ne savent plus très bien, mais sans drame, ce qui les tient ensemble sinon qu’ils se découvrent la même passion pour le silence. Ils croient d’abord qu’il s’agit seule- ment de dénicher un endroit tranquille à la campagne, loin des accidents et du vacarme de la ville, maintenant qu’ils ont un peu vieilli. Mais peu à peu ils comprennent que ce silence qui les attire est bien plus sérieux que cela. C’est une forme de vie. C’est une façon de se disposer face au monde et de pouvoir l’accueillir. C’est donc aussi une question politique.
Par hasard, je découvre que cette année, l’Unesco consacre une semaine à l’écologie sonore – c’est-à-dire à la prise de conscience que le bruit que fait le monde est aussi un enjeu crucial de notre façon de l’habiter et de ses inégalités criantes. Le silence est devenu une denrée rare – au même titre que l’eau par exemple. Il coûte de plus en plus cher et tend à diviser fondamentalement la société entre ceux qui peuvent le trouver – et avec lui le repos à volonté – et ceux qui, habitant par exemple entre autoroute et aéroport, en sont privés.
La femme et l’homme de cette pièce ne vivent pas une histoire. ils font une proposition. Ils voudraient mettre le silence en partage au milieu de la petite ville de bord de mer où ils se sont installés. Ils voudraient que le silence soit facile d’accès, gratuit, collectif, ouvert. Ce que l’économie politique appelle : un bien commun. Ils n’ont probablement pas les mêmes raisons de le vouloir, l’une est plus engagée, l’autre tend à vivre le silence comme une expérience religieuse mais ils croient tous les deux que le silence est une tâche démocratique : ils veulent créer une micro-utopie dans un monde livré entièrement au profit. La valeur silence ne rapporte rien, elle est simplement une joie gratuite.
Robert Cantarella – Note du metteur en scène
Écrire pour la scène
Demander à un auteur d’écrire pour la scène de théâtre une première fois est toujours un appel d’air. En suscitant un déplacement, un saut en dehors du pli de l’écriture précédente, la langue se met à imaginer des libertés sans équivalent. En fait, ne pas avoir une idée exacte de ce que la pratique théâtrale réclame ouvre des champs de découvertes de formes neuves.
Ma fréquentation d’écrivains réfléchissant le rapport entre écrire et jouer, ou écrire et représenter est une source de découvertes, de rencontres avec les publics. Ce fut le cas avec Jean-Luc Lagarce, Noëlle Renaude, Ludovic Janvier, Christophe Honoré, Liliane Giraudon, Alban Lefranc, maintenant Stéphane Bouquet.
Stéphane Bouquet était poète, scénariste, traducteur, essayiste. Je lis ses livres comme des intelligences entre observations, pensées, paroles en train de s’écrire au fil des phrases. L’écriture est suspendue au temps de la lecture. Je me demandais si cette puissance avait un équivalent sur une scène de théâtre. Pour cela nous avons fréquenté les plateaux ensemble, travaillé avec des interprètes sur d’autres textes, questionné les formes de représentation de notre époque, enseigné le jeu, la mise en scène et la scénographie. À partir d’expérimentations communes et en pensant à deux interprètes qu’il connaissait, Stéphane Bouquet a écrit 6h plus tard.
Mettre en scènes
Un couple, amis, amants, frère et sœur, fantômes, rodent, hantent la scène. Leur conversation, leur passion, leur cocasserie, leur silence ne permettent pas de délimiter la réalité de leur relation. Parler pour prendre corps, se déterminer par la relation qui fluidifie toute saisie, toute identité.
La parole est un acte vital dans 6h plus tard, elle dessine le monde qui s’invente autour d’elle et de lui. Une parole distribuée comme autant de sensations, de sentiments mais aussi de points de repères entre deux êtres qui cherchent leur navigation, la géographie de leurs espaces intérieurs, de la consistance de leur relation. Un tissage de paroles en mouvement, en fusion, qui ne se termine pas en une représentation établie une fois pour toute.
On sait que l’art du théâtre dépend d’un paramètre crucial, le public. Il est souvent le dernier producteur essentiel de l’acte du jeu. Je souhaite avec l’événement de plateau qu’invente 6h plus tard proposer que chaque rencontre avec le public dans un lieu soit singulière. Autrement dit de continuer le travail en fonction du théâtre, de l’espace de jeu, de la durée du travail préparatoire, du nombre des participant.e.s, de tous les paramètres qui fabriquent la réalité et l’excitation de l’art théâtral.
Je me suis souvent demandé pourquoi le théâtre ne s’entretenait pas en inventant des formes nouvelles de représentation au fur et à mesure d’une production et d’une tournée. Le texte de Stéphane Bouquet nous permet ce travail à l’égal d’un matériau qui bouge en se transformant au contact des milieux qu’il traverse.
Du 13 au 26 janvier 2026
• Résidence de création •
Texte
Stéphane Bouquet
Mise en scène
Robert Cantarella
Avec
Johanna Korthals Altes
Jean-Louis Coulloc’h
Scénographie
Anna Soret
Lumière
Philippe Gladieux
Administration et production
Martin Lorenté — Cyclorama
Production
Compagnie R&C
Le texte est lauréat de l’Aide à a création de textes dramatiques – ARTCENA
La compagnie R&C est conventionnée par la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Occitanie (Ministère de la Culture) et reçoit le soutien de la Ville de Pézenas.
Crédit photo : Anna Soret