Cet enfant
10 séquences.
10 histoires condensées, explosives au cœur des relations entre parents et enfants.
Une jeune femme enceinte qui jubile à l’idée de l’annoncer à ses parents comme une revanche sur sa vie.
Une petite fille qui refuse de voir son père.
Un homme qui règle ses comptes avec son géniteur à la fin d’un repas de famille.
Une mère qui demande à son fils de ne pas aller à l’école.
Un adolescent soupçonné de battre son père.
Deux amies qui attendent au commissariat des nouvelles de leur progéniture.
Une mère qui met en garde sa fille contre son mari.
Une jeune femme qui ne sait plus quoi faire de son bébé se déverse sur un couple sans enfant.
Un père qui tente de comprendre ce qu’il n’a pas réussi.
Une mère qui cherche le pardon.
10 scènes de théâtre pur, ou chaque événement commence à son paroxysme.
Une trentaine de personnages terriblement humains, monstrueusement universel.
Joël Pommerat, dans une profonde justesse, reste toujours en équilibre entre l’humour et le drame, entre un réalisme cru et la poésie de son observation du quotidien.
10 fragments de vie indépendants les uns des autres et pourtant liés aux mêmes questions, aux mêmes constats, aux même cris d’amour ou de haine.
Qu’est-ce qu’être parents ? Quel enfant suis-je encore ? Qu’est- ce qu’on a fait ? Voilà des questions que nous pose Joël Pommerat dans cette série de scènes autonomes titrées « Cet enfant« . Nous faisons tous partie intégrante d’une famille, nous avons tous un lien avec cette structure, qu’elle soit harmonieuse, tyrannique, idéalisée, fantasmée ou détestée. Ici, chaque situation commence à son paroxysme. Nous plongeons dans la violence et l’authenticité de ces rapports humains. C’est un mélange entre un réalisme chirurgical et une poésie kafkaïenne qui donne à cette trentaine de personnages une force étonnante. Ici la revendication d’un cri d’amour, là, une salle d’accouchement peuplée de cauchemars.
Nous chercherons à jouer avec le temps et les univers de ces différentes narrations entrecroisées. Comment faire apparaître et disparaitre chaque évènements tout en jouant avec les corps des interprètes qui sont là, témoins et exécutants, tantôt dans l’ombre, tantôt au cœur de la tempête, tantôt accessoiristes, tantôt fredonnant une chanson, tantôt dans la solitude d’un mouvement dansé, tantôt dans les facéties de l’enfance, tantôt dans le public à poser des questions ou soutenir des silences. C’est un cabaret dans une chambre d’enfant et l’instant d’après, nous sommes dans l’effroi d’une chambre vide.
Nous chercherons à déployer l’écho que peuvent avoir ces tranches d’existences sur notre groupe, sept artistes au plateau conscients de ce qu’ils viennent déposer sur la scène. Quelques chaises, une table qui revient plusieurs fois mais jamais la même. Différentes sources lumineuses qui descendent des cintres. Des portes derrière lesquelles d’autres vies continuent. Un balai d’enfants-adultes dans un espace mental peuplé de sons et architecturé par les lumières. Salle d’attente onirique où l’on vient chercher à dépasser ces situations de chaos familiaux pour tenter de se rapprocher de figures plus mythiques. Celle du père, du fils, de la mère ou de l’enfant. Comment élargir le sens en créant un décalage poétique avec des voix amplifiées qui offre la possibilité d’une distance et d’une étrangeté.
Comment un groupe vient se raconter tout en racontant ces instantanés de vies. Comment l’humour et la tendresse viennent se confronter à la violence de ces rapports humains. Comment un groupe vient se mettre en scène dans cet autre théâtre propre à Joël Pommerat.
Joël Pommerat – À propos de la pièce
« Écrire un spectacle sur le thème de la parentalité inspiré de la parole d’habitants d’une cité (à Hérouville St Clair), le représenter dans les centres sociaux-culturels de l’agglomération de Caen, spectacle devant favoriser un échange de paroles parmi le public…»
Voilà en résumé la commande qui m’a été formulée par Jean-Louis CARDI de la caisse d’Allocations Familiales du Calvados (relayé par Angelina BERFORINI et Patrick BOUTIGNY du CDN de Normandie) il y a quatre ans. J’ai d’abord pensé que ce projet représentait un piège pour un metteur en scène de théâtre. Mes intérêts ne pouvant se concilier avec ceux d’un professionnel du domaine social.
Il m’était impossible de m’engager à répondre à des attentes que j’imaginais nombreuses de la part d’une institution sociale. Parti pour décevoir, j’ai peu à peu compris les intérêts possibles de ce travail : mélanger des individus autour de questions simples sur la société et sur l’existence en général, favoriser la discussion entre personnes d’un même quartier, entre des artistes et un public, mélanger des domaines n’ayant plus l’habitude de se côtoyer : le social, l’artistique.
Sortir des compartiments habituels (ou bien tous les réunir) : la soirée poésie, la réunion de quartier, l’assemblée politique, le groupe de paroles, le pot entre amis. Ramener du concret dans le théâtre.
Je suis donc parti à la rencontre des habitants avec lesquels je m’étais engagé à dialoguer sur la question en forme d’abîme : «qu’est-ce qu’être parent aujourd’hui ?»
Consacrer dix journées de sa vie à échanger avec des inconnus sur des sujets aussi essentiels que ceux qui touchent à la famille, à son rôle de parent, à sa propre histoire d’enfant, son origine, et ses responsabilités, c’est une expérience vraiment forte.
Je ne m’attendais pas à recueillir au cours de ce dialogue avec ce groupe de personnes (exclusivement des mères), une somme de témoignages aussi bouleversants parce que durs.
Je ne m’attendais pas à ce que le désir de parole de ces femmes se révèle à ce point (et si rapidement) une véritable nécessité de parole.
Je ne m’attendais pas non plus à ce que la discussion, sans volonté particulière de ma part, s’oriente finalement sur l’histoire difficile de ces mères avec leurs propres origines parentales (alors que le sujet de départ dirigeait normalement la discussion sur leurs rapports de parents avec leurs propres enfants).
À partir de cet échange qui aurait pu déboucher sur des généralités sociales, historiques, économiques, j’ai donc écrit une série de textes sur les rapports entre enfants et parents, entre parents entre eux, en écho à tous ces témoignages reçus (plus qu’en écho, en hommage parfois) mesurant le prix de cette parole à laquelle il m’avait été donné d’avoir accès, ce qu’elle avait de précieux et d’humainement essentiel.
Et c’est ainsi que tout naturellement la parole est devenue l’enjeu principal des personnages de ma pièce…
Dans mon écriture je n’ai pratiquement jamais repris directement une histoire qu’on m’avait racontée. Je me suis même inspiré d’une scène d’un autre auteur de théâtre, Edward Bond. Ma façon de rendre compte le plus justement de ces témoignages est passée par une recréation et même une réinvention de la réalité, le théâtre ne pouvant se comparer avec un document télévisuel. Je ne crois pas qu’une représentation théâtrale puisse modifier le cours de l’existence de quelqu’un mais il n’empêche que c’est à l’intention de certains spectateurs en particulier que j’ai écrit et mis en scène ce spectacle (la grande majorité de ces femmes que j’avais rencontré).
Du 12 au 31 janvier 2026
• Résidence de création •
Texte
Joël Pommerat
Mise en scène
Nicolas Oton
Avec
Cyril Amiot
Ludivine Bluche
Brice Carayol
Laurent Dupuy
Christelle Glize
Anouk Aprile-Gniset
Patrick Mollo
Création et régie lumières
Mathieu Zabé
Création régie son
Guillaume Pincemin
Régie générale et plateau
Mathieu Zabé
Administration
Chloé Colombet
Production
Machine Théâtre
Coproduction
Théâtre Jean Vilar, Montpellier
Avec le soutien de La Ville de Montpellier, La Métropole Montpellier Méditerrenée, Le Hanger Théâtre, ENSAD de Montpellier, Le Théâtre Jean Vilar (accueil en résidence), La Ville de Pavie
Crédit photo : Anna Soret